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Fraude bancaire : une remise en cause croissante des pratiques de refus d’indemnisation

Affaires - Affaires, Banque et Finance
09/01/2026

Une fraude bancaire en forte progression

La fraude bancaire poursuit sa progression en France et touche désormais tous les profils de clients. Particuliers, professionnels et entreprises sont confrontés à des opérations de paiement non autorisées résultant de mécanismes de plus en plus sophistiqués. Si le droit positif français offre un cadre protecteur, la pratique bancaire révèle un écart persistant entre les textes applicables et leur mise en œuvre concrète par les établissements financiers.

Le principe légal du remboursement des opérations non autorisées

Le Code monétaire et financier, notamment aux articles L.133-18 et suivants, pose un principe clair : toute opération de paiement non autorisée doit être remboursée sans tarder par la banque. Ce dispositif, issu de la transposition de la directive européenne DSP2, repose sur une logique de protection du client et sur une responsabilisation accrue des prestataires de services de paiement. Les banques doivent ainsi garantir un niveau élevé de sécurité et de vigilance dans l’exécution des opérations.

Des obligations renforcées de sécurité et de vigilance pour les banques

Cette obligation se traduit par la mise en place de dispositifs d’authentification forte, une surveillance active des transactions et la détection des opérations atypiques. En pratique, ces exigences ne sont pas toujours respectées. Pourtant, le refus de remboursement n’est admis que dans des hypothèses strictement encadrées : la banque doit démontrer soit une fraude intentionnelle du client, soit une négligence grave de sa part. À défaut, le remboursement est de droit.

Une invocation contestable de la notion de négligence grave

Dans la majorité des dossiers, les établissements bancaires fondent leur refus sur la notion de négligence grave. Celle-ci est invoquée en cas de réponse à un courriel de phishing, de communication d’informations à un faux conseiller bancaire ou de validation d’une opération sous pression. Or, la jurisprudence française est constante : une simple imprudence ou une erreur ponctuelle ne suffit pas à caractériser une négligence grave. Celle-ci suppose un comportement manifestement fautif, apprécié de manière stricte par les juridictions.

La Cour de cassation rappelle régulièrement que la charge de la preuve incombe exclusivement à la banque. Cette preuve doit reposer sur des éléments techniques et objectifs, et non sur des affirmations générales. En l’absence de démonstration précise, le refus de remboursement apparaît juridiquement fragile.

Des mécanismes de fraude désormais bien identifiés

Les schémas de fraude sont aujourd’hui bien identifiés : spoofing téléphonique, SMS frauduleux, virements validés sous manipulation, usurpations d’identité ou encore ouvertures de comptes frauduleuses. Dans de nombreux cas, les opérations litigieuses présentent des anomalies manifestes, telles que des montants inhabituels, des bénéficiaires inconnus ou une fréquence anormale des transactions. Ces éléments auraient dû conduire la banque à renforcer ses contrôles ou à bloquer l’opération.

Une responsabilité bancaire de plus en plus reconnue par les juridictions

Les juridictions civiles sanctionnent de plus en plus les manquements des établissements bancaires à leurs obligations de sécurité et de vigilance. Sont notamment retenus le défaut de détection des opérations atypiques, l’absence d’authentification forte conforme à la DSP2 ou encore le manque de réactivité après le signalement d’une fraude. Cette évolution jurisprudentielle renforce la protection des victimes et rappelle que la prévention de la fraude relève avant tout de la responsabilité des banques.

Le contentieux comme outil de rééquilibrage contractuel

Face à un refus de remboursement, le contentieux constitue un levier efficace pour rétablir l’équilibre contractuel entre le client et l’établissement bancaire. L’analyse juridique approfondie des dossiers met fréquemment en évidence des défaillances dans les dispositifs de sécurité ou une absence de preuve caractérisant une négligence grave.

Le refus de remboursement opposé par les banques ne saurait donc être considéré comme automatiquement légitime. Le cadre légal et la jurisprudence imposent des obligations strictes aux établissements financiers, dont le non-respect engage leur responsabilité. Dans un contexte de fraude bancaire en constante évolution, un examen rigoureux des décisions bancaires demeure essentiel pour garantir l’effectivité des droits des victimes.